Devenir monitrice de portage, peut-on en vivre ? Ma réponse.

Récemment, j’ai lu un article super intéressant de Nadège @nodisamoris : Devenir monitrice de portage, peut-on en vivre ? Il est très bien fait et met en évidence beaucoup de choses qu’il est bon de savoir avant de se lancer dans l’aventure. Je vous invite vivement à le lire.

Pour autant, je ne suis pas tout à fait d’accord avec sa conclusion initiale que "NON ça n’est pas possible". Je me permets donc de vous partager ma vision des choses.

L’entreprenariat en tant que monitrice de protage

Pendant longtemps, les monitrices se sont uniquement basées sur le tarif de la concurrence pour calculer le prix de leurs ateliers. Concurrence historiquement composée de mamans souhaitant partager leur savoir au sein d’associations. Or, on le sait, une association n’a pas pour but de faire des bénéfices et pour ces femmes, être monitrice de portage n’était pas un métier mais plutôt un loisir, le plaisir de transmettre une pratique ancestrale.

Force est de constater que le portage s’est professionnalisé. Une monitrice aujourd’hui est formée (initialement et de façon continue) et exerce sous un statut entrepreneurial : la micro entreprise. Malheureusement, le comportement « entrepreneurial » lui, a du mal à suivre. Un entrepreneur qui veut  vivre de son travail ne base pas ses prix sur la concurrence. Bien entendu, il la connaît, mais il va chercher à se différencier et à accorder son prix à son produit. Avant de se lancer, il va étudier le marché pour savoir s’il y a de la demande, si le secteur est porteur et en quoi il a quelque chose de neuf à apporter. Être entrepreneur, c’est aussi tracer son propre chemin.

Monitrice de portage

Calculer son tarif

Vous l’aurez compris, si se renseigner sur la concurrence est important, cela ne doit pas être le critère numéro un pour calculer son prix si l’on souhaite vivre de ses ateliers. C’est pour moi prendre le problème à l’envers. D’abord, on calcul le tarif et le nombre d’ateliers qu’il va falloir faire par mois ou par semaine pour en vivre et ensuite on s’assure que c’est réaliste.

Que prendre en compte dans son calcul ?

  • Temps effectif de l’atelier (la rémunération minimum légale est de 10,15€/h brut)
  • Temps de travail administratif
  • Charges fixes (assurance, communication, médiation…) et charges variables (transport, stationnement…)
  • Financement du matériel
  • Financement des formations (initiale et continues)
  • Niveau de compétences
  • Étude de la concurrence
  • Localisation

Retour sur les calculs de Nadège

Il me semble que les calculs ne sont pas tout à fait justes. Le problème de l’abattement fiscal (35%) entre en compte pour savoir combien d’impôt sur le revenu nous allons payer mais pas combien nous sommes payés. En revanche, les charges sociales (22%) elles, sont bien à prendre en compte.

Si je refais les calculs :

Pour gagner l’équivalent d’un SMIC de 1230€/mois je dois faire 1577€ de CA.

Avec le tarif de Nadège (45€ pour 2h) il faut donc faire 36 ateliers dans le mois, 9 par semaine.

Avec mon tarif (70€ pour 3h) il faut en faire 23 dans le mois, soit 6 par semaine.

En réalité si on compare nos tarifs horaires on se rend compte que nous sommes assez proches, je propose juste des prestations plus longues. Bien entendu, la demande va varier selon les régions. Il se peut que certaines aient peu de parents demandeurs ou beaucoup de concurrence. Ainsi certaines monitrices font 15 ateliers par semaine là où d’autre n’en feront qu’un ou 2. En outre, en général, pour vivre correctement de son métier, il faut l’exercer à plein temps. Vous me voyez donc peut-être venir… Combien de métiers, sans diplôme (oui une formation de quelques jours n’est pas un diplôme), autonomes et flexibles, permettent réellement de faire un SMIC en travaillant 18h par semaine ???

Monitrice à plein temps?

Pour en vivre, il faut donc envisager de travailler à plein temps ou presque, et cela n’est pas réalisable pour tout le monde. A 22€ de l’heure, 6h par jour, 5 jours par semaine, on est sur un CA de 2640€. Si on retire les charges, il reste 2059€ auxquels il faudra également retirer les divers frais de fonctionnement. Donc oui, on peut vivre du portage si on bénéficie d’une demande en atelier suffisante.

Ici les calculs ont été faits sur la base des tarifs pratiqués par Nadège et moi-même. Pour tout vous dire, je sais déjà depuis un moment que celui-ci ne me satisfait pas et que je passerai en Janvier 2022 à 90€ pour 3h, ce qui est le bon prix pour moi. Ce prix ne sera pas le même pour tout le monde. Le rapport à l’argent est parfois difficile, l’estime de soi et de son travail également. Ajoutons à cela une historique d’activité sous payée et nous obtenons une activité professionnelle peu reconnue et peu valorisée. Mais définitivement c’est à nous qu’il appartient de faire changer les choses.

Ma conclusion

Rappelons-le à 22€ de l’heure comme à 30€, on ne devient pas riche en étant monitrice de portage. On peut en revanche travailler dans de bonnes conditions et en étant payé décemment.

Si la demande de portage n’est pas suffisante dans votre région, l’option de se diversifier est une solution envisageable. Massage bébé, Signe avec bébé, éducation positive… Les parents intéressés pas l’un de ce sujet sont souvent sensible à l’autre.

Dans presque tous les cas, être monitrice de portage offre la possibilité d’un temps partiel intéressant. Si on arrive à faire quelques ateliers par semaine, on peut se dégager une petite rémunération avec le confort de l’autonomie, la flexibilité, le métier passion… Ce qui représente un choix tout à fait valable pour beaucoup d’entre nous.

Les écoles de monitrices ont longtemps laissé de côté l’aspect administratif, légale et économique de cette activité, offrant peu d’informations sur ces sujets dans leur formation. Avec Transmettre Ensemble Le Portage, nous avons fait le choix d’en parler largement afin de soutenir la professionnalisation du portage et de permettre à nos stagiaires de ce lancer avec les bonnes clés en main. Pour plus d’info sur cette formation c’est par ici.

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